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PRATIQUE DES GESTES OBSTÉTRICAUX
CHEZ LES SÉROPOSITIVES AU VIH (1999)

Il s'agit du rapport de M. R. Henrion, adopté par l'académie de Médecine le 13 avril 1999 et rapporté ci-après in extenso
Avant propos

Le risque de contamination

Les gestes obstétricaux

  L'amniocentèse précoce : problème  clé

Le traitement préventif

Bibliographie

 

 

 

 

 

ACADÉMIE NATIONALE DE MÉDECINE

16, rue Bonaparte - 75272 PARIS CEDEX 06
TEL: 01 42 34 57 70 - FAX: 01 40 46 87 55

RAPPORT

au nom de la Commission VII (Maladies sexuellement transmissibles et sida)

Risque de contamination de l'enfant par le VIH et gestes obstétricaux

Roger HENRION
Le risque de contamination iatrogène à la suite d'un geste obstétrical est connu depuis de nombreuses années, qu'il s'agisse d'une contamination directe par introduction d'un germe dans la cavité amniotique, d'un passage d'hématies maternelles dans la circulation foetale, ou d'une contamination indirecte par voie ascendante à point de départ vaginal ou cervical. Mais le risque de contamination par les virus, notamment le virus de l'immunodéficience humaine (VIH), a donné une acuité toute particulière à ce problème.

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LE RISQUE DE CONTAMINATION DE L'ENFANT PAR LE VIH

Une série de gestes obstétricaux, invasifs ou non, susceptibles d'aggraver le risque de contamination foetale par le VIH a été récemment mise en évidence. Tels sont les prélèvements de villosités choriales, les amniocentèses, les prélèvements de sang in utero, les cerclages, les versions par manoeuvres externes, les amnioscopies, les traitements chirurgicaux ou par laser du col utérin, sans que l'on puisse apprécier avec exactitude le danger respectif de chacun de ces gestes.
Le risque global, pour autant qu'on puisse le savoir, serait multiplié par deux par rapport au risque de contamination en dehors de tout geste obstétrical. Ainsi, en reprenant les observations de l'enquête périnatale française, seule source actuelle dont on puisse disposer, série portant sur 1640 femmes non traitées et leurs enfants [1], le taux de transmission a été de 28,95 % (22/76) en cas de gestes obstétricaux contre 15,79  % (247/1564) dans le cas contraire, différence qui s'avère significative malgré le faible effectif de l'échantillon des mères ayant fait l'objet d'actes obstétricaux. A vrai dire, ce risque devrait être réévalué car l'étude ne concerne que des femmes n'ayant eu aucun traitement antirétroviral préventif de la transmission du VIH de la mère à l'enfant, ce qui ne répond plus à la situation actuelle. Aucune donnée permettant d'apprécier l'efficacité d'un tel traitement n'est actuellement disponible. Selon toute vraisemblance, et si l'on se réfère à l'action du traitement en dehors de toute intervention, il devrait diminuer notablement le risque encouru par l'enfant. Quoi qu'il en soit, on ne peut jamais affirmer que le geste de l'obstétricien est ou non à l'origine de la contamination. Lorsqu'une femme est séropositive, l'obstétricien doit donc comparer le bénéfice espéré de l'acte et le risque de contamination de l'enfant.

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LES GESTES OBSTÉTRICAUX

Tous les gestes obstétricaux incriminés ne sont pas indispensables. Certaines explorations ou manoeuvres devraient être évitées : l'amnioscopie puisqu'on possède les enregistrements du rythme cardiaque foetal et divers scores reflétant le bien-être foetal, les versions par manoeuvres externes puisque la présentation du siège est une raison supplémentaire de faire une césarienne dont on sait, particulièrement chez les mères ayant reçu de la zidovudine, qu'elle diminue la proportion d'enfants atteints à un niveau inférieur à 2 %, les traitements au laser sur le col utérin pour des lésions dues à des papillomavirus, qui devraient être différés.
A l'opposé, d'autres actes sont nécessaires comme certains cerclages dans les béances du col utérin avec antécédents d'avortements tardifs ou d'accouchements prématurés et de très rares amniocentèses tardives pour surveiller le degré de l'atteinte du foetus dans les isoimmunisations rhésus.
En fait, le problème le plus délicat est celui du diagnostic prénatal invasif pour dépistage de maladies géniques ou d'aberrations chromosomiques. La méthode idéale, celle qui éviterait tout geste invasif, l'étude des cellules foetales dans le sang maternel, ne peut malheureusement pas encore être utilisée. A l'opposé, les méthodes les plus invasives, prélèvements des villosités choriales et prises de sang foetal in utero, devraient être évitées au bénéfice de l'amniocentèse.

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LE PROBLÈME CLÉ DE L'AMNIOCENTÈSE PRÉCOCE

On sait que toute amniocentèse comporte un risque d'avortement. Celui-ci est variable selon l'expérience de l'opérateur, les difficultés techniques, le nombre de tentatives. Si l'opérateur est expérimenté, le risque est estimé à 1/200. Chez les femmes séropositives se surajoute celui de la contamination de l'enfant par le VIH mais aussi par le virus de l'hépatite C (VHC) dans les cas d'infections associées, en sachant cependant que le risque d'avortement peut apparaître moins grave à une femme que celui de transmettre le VIH.
Le risque de contamination par le VIH, éventuellement lié à l'acte obstétrical, dépend de plusieurs facteurs:
En regard de ces risques, l'obstétricien doit évaluer au plus juste le risque d'anomalie foetale. L'indication de l'amniocentèse sera fonction de la gravité de l'affection recherchée et de l'importance du risque de transmission.
L'indication paraît peu discutable dans les maladies monogéniques graves liées au sexe ou autosomiques récessives, dont le risque est de 25 %, lorsque les parents sont porteurs d'une translocation équilibrée ou que l'échographie révèle une malformation fréquemment associée à une trisomie 21 telles que cardiopathie, atrésie duodénale, omphalocèle, hydrothorax, hygroma coli, toutes affections dans lesquelles la proportion d'aberration chromosomique peut atteindre 30 %.
L'indication est plus discutable dans le dépistage de la trisomie 21, qui découle de l'âge maternel et de certains critères échographiques et biologiques mis au point au cours de ces dernières années [21. Actuellement, ce dépistage, qui n'est pas obligatoire, est largement proposé et remboursé par la sécurité sociale :
Un dépistage efficace sous-entend l'utilisation des deux méthodes qui se succèdent dans le temps : échographie à 12 semaines révolues comprenant, entre autres, la mesure d'une clarté nucale et le dosage des marqueurs sériques maternels à 14-17 semaines dont l'hCG, étant entendu que ces deux méthodes sont complémentaires. Un foetus atteint de trisomie 21 peut avoir une nuque normale et des marqueurs sériques normaux ou l'inverse. Même ainsi, la proportion d'amniocentèses induites par le dépistage reste trop élevée. Elle peut être estimée de 8 à 10 %, voire plus.
Dans l'avenir, d'autres marqueurs, dont l'efficacité est en cours d'évaluation, pourraient être utilisés: la fraction bêta libre de l'hCG et la "Pregnancy-Associated Plasma Protein A" ou PAPP-A, dont le dosage peut être effectué dès 7 semaines d'aménorrhée, ce qui permettrait de coupler, à la même époque de la grossesse, les résultats de l'échographie et de la biologie et d'obtenir ainsi une meilleure détection.
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adénomatoïde du poumon, épanchement pleural, ascite, voire volumineux kyste de l'ovaire) ou faire une transfusion de sang ou de concentré plaquettaire in utero. Elles doivent être réservées à des situations particulièrement graves dans lesquelles elles ne peuvent être différées.

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LE TRAITEMENT PRÉVENTIF

Quoi qu'il en soit, une prophylaxie antirétrovirale est indiquée. Elle peut se limiter à prescrire de la zidovudine par voie orale en commençant si possible deux semaines environ avant l'amniocentèse et par perfusion au cours de l'acte. Si la femme a une charge virale élevée, on peut envisager une bi ou une trithérapie encadrant l'amniocentèse. On peut espérer que la névirapine, administrée à dose unique, se révélera efficace. Enfin, si la femme suit déjà un traitement antirétroviral, celui-ci doit être poursuivi en fonction de l'état de santé de la mère.

EN RÉSUMÉ

Il est peu de situations aussi pénibles que d'avoir à prendre ou non la décision de faire une amniocentèse chez une femme séropositive VIH. Elle ne peut se prendre que dans un climat de confiance entre l'obstétricien et sa patiente, après avoir informé la femme en sachant s'adapter à sa culture et à sa personnalité et s'être assuré de sa parfaite compréhension.

 

L'Académie, saisie dans sa séance du mardi 13 avril 1999, a adopté ce rapport.

Pr Raymond BASTIN

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BIBLIOGRAPHIE

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