| Les textes complets rédigés par les experts
et la bibliographie sont réunis dans le numéro spécial
du JOURNAL DE GYNÉCOLOGIE OBSTÉTRIQUE ET BIOLOGIE DE LA REPRODUCTION J Gynecol Obstet Biol Reprod 2002; 31 (suppléent n° 7): 5S7-2S1128 |
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Comité dorganisation :
D. Cabrol, président, F. Goffinet, coordonnateur, B. Carbonne, M. Dreyfus, C. dErcole
Experts du groupe de travail :
P.-Y. Ancel (Villejuif), B. Carbonne (Paris), M. Dreyfus (Caen), C. dErcole (Marseille), F. Goffinet (Paris), F. Perrotin (Tours), P. Poulain (Rennes), M.-V. Sénat (Poissy), D. Subtil (Lille), C. Vayssière (Schiltigheim), E. Verspyck (Rouen), N. Winer (Nantes)
Lecteurs :
X. Aireau (Cholet, CH), M. André (Flers, CH), F. Audibert (Clamart, CHU), P. Boisselier (Chatellerault, cab. privé), G. Dauptain (Gonesse, CH), J.-M. Firmin (Le Havre, CH), P. Fournet (Mont-Saint-Aignan, CH), J.-Y. Grall (Rennes, CHU), B. Haddad (Créteil, CHI), J. Horovitz (Bordeaux, CHU), P. Klein (Strasbourg, cab. privé), R. Kutnahorsky (Colmar, CH), B. Langer (Strasbourg, CHU), E. Louis (Chartres, CHG), B. Maria (Villeneuve-St-Georges, CHI), J.-M. Mayenga (Sèvres, CHI), G. Mellier (Lyon, CH), A. Mensier (St Herblain, clinique), O. Multon (St Herblain, clinique) A. Renaud-Giono (Saint-Brieuc, CH), P. Sagot (Dijon, CHU), M. Uzan (Bondy, CHU), Y. Ville (Poissy, CHI), B. Viville (Strasbourg, CHU)
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La menace daccouchement prématuré (MAP) survient entre 22 et 36 SA révolues et se caractérise par lassociation de modifications cervicales et de contractions utérines (CU) régulières et douloureuses qui conduiront à laccouchement prématuré en labsence dintervention médicale. Laccouchement prématuré peut être soit spontané (dans près de deux tiers des cas), soit provoqué à la suite dune décision médicale. L accouchement prématuré spontané est fréquemment précédé dune MAP (NP3)1.
La MAP est quantitativement la première cause dhospitalisation pendant la grossesse. Le risque réel daccouchement prématuré est très variable selon les études (15 à 50 %). Ceci est probablement la marque de limprécision des critères diagnostiques actuels (NP3).
Les étiologies du travail prématuré « spontané « sont nombreuses et souvent associées entre elles (infection ovulaire, anomalies placentaires, grossesses multiples, incompétence cervico-isthmique...). Les facteurs socio-économiques, psychologiques, environnementaux sont souvent corrélés à laccouchement prématuré. Cependant, ils ne sont pas retrouvés comme étiologie unique ce qui nexclut pas leur rôle comme facteur indirect.
La mortalité et la morbidité néonatales sont étroitement liées à lâge gestationnel à la naissance. Lexistence dune MAP précédant la naissance prématurée naugmente pas ces risques par rapport aux autres circonstances de naissance prématurée, exception faite de linfection intra-utérine très liée à la MAP et qui est à lorigine dun excès de lésions cérébrales chez lenfant.
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La valeur diagnostique de lexamen clinique est bonne dans les cas extrêmes (col très modifié associé à des contractions utérines régulières ou à linverse col très peu modifié avec des contractions rares) (NP3). Dans les situations intermédiaires, les plus nombreuses, la prédiction de laccouchement prématuré par lexamen clinique est médiocre.
Les scores basés sur lassociation de critères cliniques et de facteurs de risque nont pas été validés et ne peuvent être recommandés pour les décisions en pratique quotidienne (NP4).
Lutilisation de la tocométrie externe ne permet pas daméliorer le pronostic de la MAP même si elle permet de repérer plus de contractions utérines (NP4).
Léchographie du col utérin a bénéficié dune évaluation technique satisfaisante (NP3) ; elle doit être réalisée par voie transvaginale (NP3).
Au total, léchographie du col est recommandée car elle apporte un progrès par rapport au toucher vaginal dans lidentification des patientes à risque daccoucher prématurément en cas de MAP (NP 3). Elle pourrait permettre de diminuer le nombre dhospitalisations et de traitements inutiles grâce à une meilleure valeur prédictive négative. À linverse, pour certaines patientes mal « étiquetées » par lexamen clinique, elle permettrait dadopter une prise en charge intensive alors nécessaire (tocolyse intraveineuse, corticoïdes, transferts in utero). Cependant, il ny a pas de données actuelles pour recommander labandon du toucher vaginal pour léchographie du col dans la prise en charge des patientes.
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Le marqueur le plus utilisé est la fibronectine, glycoprotéine normalement absente des sécrétions cervico-vaginales entre la 21e et la 37e semaine.
La technique fait appel à un écouvillonnage du cul-de-sac vaginal postérieur ou de lexocol (NP3). Si la méthode ELISA sert de référence, la méthode semi-quantitative semble avoir des résultats superposables. Il ny a aucun argument scientifique pour répéter les prélèvements. Lexistence de rapports sexuels ou dun toucher vaginal dans les 24 dernières heures ainsi que la présence de métrorragies donnent des résultats faussement positifs (NP3).
En cas de MAP, la valeur diagnostique de la fibronectine semble être supérieure à celle de lexamen clinique (NP3). Sa valeur prédictive négative est en particulier excellente. Il nexiste cependant aucune étude permettant de dire que le toucher vaginal doit être remplacé par la recherche de fibronectine en pratique clinique. Concernant la comparaison entre ce marqueur et léchographie du col, aucune étude ne montre une supériorité dun critère par rapport à lautre. Il nexiste pas non plus de preuve de lavantage dune association des deux paramètres (NP3). Le choix devrait se faire selon laccessibilité aux techniques et leur coût.
Il ny a pas de données valides concernant la valeur prédictive dautres marqueurs biochimiques tels que lestriol ou la CRH.
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Linfection intra-utérine asymptomatique est liée à la MAP et à la survenue dun accouchement prématuré (NP2). Son diagnostic nest le plus souvent porté qua posteriori. De nombreux marqueurs ont été étudiés pour diagnostiquer précocement une infection infraclinique. Cependant, si la plupart de ces marqueurs sont associés à un accouchement prématuré (NP2), il nexiste pas de données concernant une conduite à tenir efficace lorsquils sont présents (antibiothérapie anténatale, accouchement). Ils doivent donc être interprétés en fonction des autres éléments (fièvre maternelle, tachycardie ftale...).
La C réactive protéine et lhyperleucocytose sont de faible sensibilité. Une CRP supérieure à 20 mg/l est fortement liée à un accouchement prématuré.
Les infections amniotiques sont souvent dorigine cervico-vaginale (NP2). De nombreux germes pathogènes sont trouvés dans les menaces daccouchement prématuré (streptocoque B, E. coli ) mais leur mise en évidence na quune valeur pronostique faible (NP3).
La vaginose bactérienne correspond au remplacement de la flore vaginale normale par des germes anaérobies stricts ou facultatifs. Le risque relatif daccouchement prématuré chez une patiente présentant à la fois une MAP et une vaginose est multiplié par 2 (NP2). Cependant, la causalité directe reste très discutée.
Des marqueurs tels que le nombre de leucocytes ou le dosage des cytokines dans les sécrétions cervico-vaginales nont pas fait la preuve de leur valeur.
Parmi les nombreux marqueurs infectieux étudiés dans le liquide amniotique, linterleukine 6 semble avoir la valeur diagnostique la plus élevée sur la survenue dun accouchement prématuré et dune infection (NP3). Cependant les bénéfices et les inconvénients de la recherche de marqueurs infectieux par amniocentèse nont pas été évalués. La pratique systématique dune amniocentèse en cas de MAP nest pas recommandée en pratique courante.
Ladministration systématique dune antibiothérapie en cas de MAP nest pas recommandée (NP1). En effet, sil existe une tendance à la prolongation de la grossesse et une réduction des infections maternelles (endométrites), il nexiste aucune réduction de la prématurité et aucune amélioration de létat néonatal. De plus, une large prescription entraînerait la sélection de germes résistants aux antibiotiques classiques (NP3).
Les traitement locaux vaginaux systématiques nont pas fait la preuve de leur efficacité pour réduire la prématurité et les risques infectieux materno-ftaux (NP2).
Il ny a pas darguments formels en faveur dun traitement antibiotique lorsque la MAP est associée à un prélèvement vaginal positif (germes banals, ureaplasma ou chlamydia) ou à une vaginose bactérienne (NP4).
En population générale, la bactériurie asymptomatique définie par la présence de 100 000 germes/ml, doit être traitée en raison du risque de pyélonéphrite et de prématurité (NP1). Aucune recommandation scientifique na été apportée dans un contexte de MAP même sil semble raisonnable de traiter également (NP5).
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La plupart des tocolytiques prolongent la grossesse en diminuant le pourcentage daccouchement à 24 h, 48 h et au 7e jour. Cependant ces traitements restent sans effet prouvé sur le pronostic néonatal (NP2).
Une tocolyse peut être envisagée en cas dinfection maternelle sans chorioamniotite ou dhémorragie génitale modérée liée à un placenta praevia (NP4).
Il ny a pas dargument objectif pour réfuter une tentative de tocolyse en fonction dune limite inférieure dâge gestationnel (NP5).
Il nexiste pas dessai randomisé testant le bénéfice dune tocolyse après 34 SA. Cependant, un faible risque de syndrome de détresse respiratoire du nouveau-né persiste. Il ny a pas dargument pour recommander une recherche biologique de la maturité ftale par étude du liquide amniotique pour décider dune tocolyse. Entre 34 et 36 SA, les bénéfices néonatals attendus dune tocolyse sont à évaluer en fonction des risques et effets secondaires maternels des traitements utilisés et des conditions daccueil du nouveau-né (NP5).
Même en cas de dilatation avancée jusquà 5 ou 6 cm laccouchement peut être retardé de 48 heures dans près de 20 à 50 % des cas. Linstauration dune tocolyse peut se justifier dans cette situation afin de permettre la réalisation dune corticothérapie à visée de maturation pulmonaire ftale (NP3).
La plupart des études sur les tocolytiques ont démontré une prolongation de la grossesse dau moins 48 heures par rapport à un placebo (NP1). Il ne semble pas y avoir de bénéfice à la poursuite du traitement au-delà de 48 heures en cas de tocolyse efficace (NP2).
Linstauration dun traitement dentretien après 48 heures de tocolyse efficace na pas dintérêt pour la prolongation de la grossesse ou létat néonatal (NP1). Le traitement dentretien pourrait réduire les réhospitalisations et la nécessité de re-traitements tocolytiques par voie intraveineuse (NP3).
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Plusieurs classes de tocolytiques ont une efficacité démontrée pour prolonger la grossesse par rapport à un placebo : les béta-mimétiques (NP1), les antagonistes de locytocine (NP2), les anti-inflammatoires non stéroïdiens (NP1).
Dautres classes de tocolytiques nont pas defficacité démontrée par rapport à un placebo (NP1) : sulfate de magnésium, donneurs de monoxyde dazote (NO), antispasmodiques, progestérone.
À part, les inhibiteurs calciques nont pas fait lobjet détudes contre placebo. En revanche, de nombreuses études randomisées les comparant aux béta-mimétiques aboutissent à la conclusion dune efficacité égale ou supérieure (NP1).
Les anti-inflammatoires non stéroïdiens sont efficaces mais leurs effets secondaires ftaux et néonatals potentiellement graves (syndrome de persistance de la circulation ftale, insuffisance rénale... ; NP3) pourraient les faire réserver à des situations exceptionnelles par leur sévérité, par la précocité du terme ou par linefficacité dautres thérapeutiques (NP5). Les inhibiteurs spécifiques de la cyclo-oxygénase de type II napportent pas davantage par rapport aux anti-inflammatoires non stéroidiens non spécifiques (NP3).
Les inhibiteurs calciques et les antagonistes de locytocine ont une tolérance maternelle supérieure à celle des béta-mimétiques (NP1).
Trois principales classes thérapeutiques peuvent être utilisées avec une efficacité comparable dans le traitement tocolytique de première ligne :
La tolérance des inhibiteurs calciques et des antagonistes de locytocine est supérieure à celle des béta-mimétiques, cependant lexpérience clinique de ces produits est encore nettement inférieure à celle des béta-mimétiques.
Le choix du traitement de première intention peut être décidé sur la base déventuelles contre-indications même relatives aux béta-mimétiques, de lexistence deffets secondaires, dune attitude systématique de service, ou encore de critères économiques (NP5).
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Deux corticoïdes ont une efficacité prouvée dans la maturation pulmonaire ftale : la bétamethasone et la dexamethasone (NP1).
Plusieurs arguments sont en faveur de lutilisation préférentielle de la bétamethasone :
Les bénéfices dune cure unique de corticoïdes sont :
Le seul mode dadministration évalué des corticoïdes à visée de maturation pulmonaire ftale est la voie intramusculaire. Aucune étude ne permet de connaître lefficacité de la voie intraveineuse.
Lefficacité des corticoïdes est démontrée à partir de 24 heures après le début du traitement et jusquà 7 jours (NP1). Il existe des arguments pour penser que lefficacité peut exister avant 24 heures et après 7 jours. Il paraît utile de débuter une cure de corticoïdes même quand laccouchement paraît imminent (NP4).
Le terme de début des corticoïdes en cas de MAP dépend de lâge gestationnel à partir duquel léquipe de néonatologie prend en charge les grands prématurés. La question de la prescription de corticoïdes avant 24 SA se pose peu en pratique.
Il ny a pas de démonstration dun effet bénéfique des corticoïdes au-delà de 34 SA.
Il est préférable, lorsque cela est possible, de nutiliser quune cure de corticoïdes. Si la patiente na pas accouché au bout de 7 jours, il nest pas justifié de répéter systématiquement les cures de corticoïdes de manière hebdomadaire. Cependant, si le risque daccouchement très prématuré semble saggraver, une nouvelle cure peut être prescrite (NP5).
La répétition des cures de corticoïdes semble saccompagner dune diminution des syndromes de détresse respiratoire, notamment avant 28 SA, sans quil soit possible de distinguer la part liée aux effets cumulés des cures de celle liée à la proximité entre la dernière injection et la naissance (NP2).
Certaines études rapportent une diminution du poids de naissance et du périmètre céphalique chez les nouveau-nés exposés à des cures répétées de corticoïdes in utero, mais avec un devenir à 3 ans similaire à celui des enfants exposés à une cure unique (NP3). Les études nont pas montré daugmentation significative des complications maternelles liées à lutilisation des corticoïdes.
Le recours au cerclage prophylactique en début de grossesse, avant toute modification du col, nest pas discuté ici.
Il nexiste pas à ce jour dargument scientifique pour préconiser un cerclage en cas dapparition de modifications cliniques du col (NP4).
La constatation de modifications échographiques du col, en population à bas risque ou à haut risque (antécédent daccouchement très prématuré ou de fausse-couche tardive) ne semble pas constituer une indication de cerclage (NP2).
La littérature ne fournit pas délément satisfaisant pour décider des indications de sortie dans les MAP.
Lenregistrement des contractions en ambulatoire semble inutile (NP3), nayant aucune incidence sur le taux de prématurité.
Le suivi à domicile de femmes ayant été traitées et hospitalisées pour une menace daccouchement prématuré ne réduit pas la prématurité (NP1). En revanche, il augmente nettement la satisfaction des patientes qui en bénéficient.
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La part de la grande prématurité (< 33 SA) liée aux grossesses multiples est proche de 20 % (NP1). 72 % des accouchements prématurés de grossesses multiples sont « spontanés » (NP3).
Malgré labsence détude spécifique, lefficacité de la tocolyse pour prolonger la grossesse semble proche de celle obtenue dans les grossesses uniques (NP4).
Les béta-mimétiques exposent à un risque accru de complications cardiovasculaires, notamment ddème aigu du poumon, en cas de grossesse multiple (NP3). Les inhibiteurs calciques et les antagonistes de locytocine peuvent être proposés comme tocolytiques de première intention dans cette situation, du fait de la rareté de leurs effets secondaires cardiovasculaires (NP5).
Le bénéfice des corticoïdes en cas de grossesse multiple est moins bien démontré que pour les grossesses uniques (NP3). En labsence de données spécifiques, la réalisation dune corticothérapie selon les mêmes modalités que pour les grossesses uniques est recommandée (NP5).
Il ny a pas dintérêt à la réalisation dune tocométrie à domicile pour le dépistage des contractions en cas de grossesse multiple (NP2)
La tentative daccouchement différé du deuxième jumeau en cas daccouchement très prématuré du premier (avant 26 SA) reste une pratique mal évaluée. Elle doit être discutée au cas par cas avec la patiente car elle expose à des complications infectieuses materno-ftales potentiellement graves. Si elle évite parfois la mort du deuxième jumeau, elle permet rarement déviter la grande prématurité et ses risques de séquelles lourdes (NP4).
Paris, le 29 novembre 2002
Pr D. Cabrol
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